Bref, j’emménage avec mon copain

 

Cœur de bière

 


Bref, j’étais tout de même fatigué de vivre l’amour à temps partiel.

 

Mon copain, Adrien, se pointe chez moi… Un samedi soir d’atelier tout ce qu’il y a de plus normal :

• Bouteille de bière

• Bouteille de bière

• Toile qui devient un peu moins vierge

• Bouteille de bière

• Bouteille de vodka oubliée

• Toile qui devient un peu moins académique

• Pétard

• Bouteille de vernis presque bue par inadvertance…

L’atelier qui ressemble de plus en plus à un Picasso en mouvement.

 

C’est à ce moment que mon copain me lance :

—J’ai jasé avec ma collègue Laurette cette semaine, elle me demandait pourquoi après sept ans, on n’habitait toujours pas ensemble, ce serait tellement plus pratique…

 

Alors j’ai repensé à nos sept années vécues chacun dans notre appart respectif…

• À l’éternel «chez toi ou chez moi?»

• À la distance à parcourir pour une simple pipe

• Aux vêtements sales le dimanche soir au retour

• Aux factures qui font deux piles au lieu d’une

• À ma vaisselle qui s’accumule

• À sa poussière qui fait que ça s’annule

• À nos projets communs plutôt communs

• À la possibilité de faire plus de soirées d’atelier avec pétards et bouteilles de vodkas oubliées sans vaisselle sale ni poussière…

 

J’ai répondu:

—Bonne idée!

J’avais créé LE monstre.

 

Trois jours plus tard, je rencontre mon ami Frank, qui devient Trans-Catin tous les mercredis au Cabaret chez Mado, et je lui raconte mon erreur de beuverie, entre deux martinis.

—Ouin, pis? qu’il me lance.

—Pis? Il émet des sons éoliens… En permanence.

—Ouin, pis? qu’il me répète. Tout le monde le fait. Get used to it.

—Ouin, mais lui il peut décaper un meuble en s’assoyant dessus.

Alors il me parle du côté pratique d’avoir des meubles fraîchement décapés et il me rappelle:

• Que le reste du temps, son parfum est à rendre fou

• Qu’il fait tourner les têtes partout où il va

• Qu’il possède un beewi et un «décapeur» du tonnerre

• Qu’il a une éducation à faire pâlir d’envie un gréviste

• Qu’à part lui, personne d’autre n’a assez de folie pour endurer la mienne

Bref, que l’idée n’est pas si monstrueuse.

 

J’ai acheté une bouteille de vodka déjà entamée au barman et je suis retourné chez moi me rouler un pétard.

 

Le lendemain, à jeun, j’ai repensé à ce que m’avait dit mon ami Trans-Catin à propos des monstres, des meubles fraîchement décapés, de la folie et des beewis…

Je me suis lavé, rasé, coiffé, habillé. J’ai lavé ma vaisselle et je suis allé à la quincaillerie m’acheter un purificateur d’air.

Bref, j’emménage avec mon copain.

 

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