Mais je souris (micronouvelle)

DranoCette sale souris dans mes murs, je l’ai tuée avant qu’elle ne me tue, je l’ai empoisonnée avec du Dràno. Non, mais vous croyez quoi? Qu’un artiste paumé comme moi a les moyens de s’acheter de la mort aux rats? On fait avec ce qui reste dans nos recoins d’armoires sales…

Elle a arrêté de gratter, de grignoter, de me labourer les tympans et le cerveau pour de bon, il n’y a plus de bran de scie sur le bas de mes murs ni de crottes sur mon plancher, mais des centaines de fourmis s’y promènent frénétiquement. 

Oh! Si je n’avais que tué cette maudite souris! J’ai aussi tué le chat du voisin qui la pourchassait dans mes murs avec appétit. Une fois le rongeur avalé, les intestins du chat furent débouchés comme un très long tuyau d’évier. Victime numéro deux, signé Dràno.

Deux carcasses bien fraîches dans les murs de ma maison, comme une manne venue du ciel pour les fourmis et leur reine. Elles se sont multipliées du fait même, obèses en plus d’être vilaines, je les écrase à la dizaine. C’est la saison des fourmis qui font « crounch! » sous le soulier.

Pas plus de budget pour des trappes à fourmis que pour la mort au rats, la reproduction des fourmis obèses est fulgurante, elles ont volé mes céréales et ma quiétude. Même les produits chimiques ingérés par le chat ne ralentissent pas leur emprise sur mon monde qui s’effondre.

Je devrais sombrer dans la démence, mais je souris. Il me reste encore du Dràno pour faire passer tout ça. Je ne suis pas certain du goût que ça a, mais ça devrait venir à bout de mon état. C’est un bon tuyau, le Dràno, la souris me l’a dit : « Tu n’en reviendras pas! »

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